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Qu'est-ce que l'ayahuasca?

10 sep 2019
10 min
Xavier Francuski
Xavier Francuski

L'ayahuasca, également connu sous les noms de yagé, yajé, caapi, cipó, bejuco de oro, hoasca, natem, shori, pilde et bien d'autres, est un thé hallucinogène traditionnel confectionné par les communautés indigènes de la forêt amazonienne en Amérique du Sud, en particulier au Pérou, en Équateur, en Colombie, en Bolivie et au Brésil. Partie intégrante de leur culture très développée des plantes médicinales, ce thé est utilisé cérémonieusement par les chamans ( ou « curanderos », qui signifie « guérisseurs » en espagnol ), et par leurs patients à des fins de guérison physiologique, spirituelle et de divination.

Ce breuvage s'est fait connaître du grand public grâce à des explorateurs indépendants qui se sont aventurés en Amazonie et qui ont ensuite écrit sur leurs expériences au milieu du 20ème siècle. Il a énormément gagné en popularité au cours des dernières décennies, grâce la commercialisation de cette boisson médicinale indigène mais aussi au fait que l'Amérique du Sud soit devenue de plus en plus facile à visiter grâce aux progrès faits par les infrastructures touristiques.

Les ingrédients de l'ayahuasca, sa chimie, et sa préparation

L'ayahuasca est le plus souvent fait à partir des éléments suivants :

  • L'écorce de la vigne Banisteriopsis caapi ( également connue sous le nom de yagé ou aya waska, qui signifie « vigne de l'âme » dans les langues indigènes ancéstrales du peuple Quechua ), qui contient un inhibiteur de la monoamine oxydase ( IMAO ).
  • Les feuilles de l'arbuste Psychotria viridis ( également connu sous le nom de « chacruna », qui signifie « mélange » ), qui contiennent de la dymethiltryptamine ( DMT ). Une alternative courante au . viridis est le Diplopterys cabrerana ( connu sous le nom de « chaliponga » ou « chagropanga » ), qui contient également de la DMT et d'autres molécules psychoactives.

DMT est devenue un acronyme familier non seulement dans la communauté psychédélique, mais aussi dans la pop-culture. Cette substance, qu'on surnomme la molécule de l'esprit, est connue pour produire des visions trans-dimensionnelles d'une intensité extraordinaire et de sources complètement inintelligibles. La DMT est souvent fumée sous sa forme cristalline pure ( freebase ) ou mélangée à diverses herbes ayant pour but d'équilibrer et d'adapter l'effet, connu sous le nom de changa. La DMT freebase doit être fumée car le corps humain ( pour lequel il a été démontré, ironiquement, qu'il produisait de la DMT de manière endogène ) décompose cette molécule et ne lui permet pas de traverser la barrière hémato-encéphalique, et donc de remplir sa fonction psychoactive.

Cependant, les IMAO de la vigne B. caapi inhibent les enzymes de la monoamine oxydase qui normalement métabolisent la DMT, permettant ainsi aux « olécules de l'esprit » de rester intactes et d'activer les récepteurs cérébraux qu'elles ciblent. Prendre de la DMT par voie orale avec de l'ayahuasca va en fait rendre son effet plus intense et plus long, logique quand on compare la durée d'un trip ayahuasca qui dure plusieurs heures à celle d'un trip de DMT fumée qui dure environ 15 minutes. Les expériences elles-mêmes sont, évidement, très différentes entre-elles.

Le mélange le plus pur d'ayahuasca se fait avec du B. caapi et du P. viridis.  D'autres ingrédients sont parfois ajoutés pour obtenir divers effets liés à la puissance, la stabilité, et la qualité et l'intensité de la vision. Certains chamans utilisent différentes souches de la vigne Banisteriopsis ( qui produisent toutes différents effets, selon la croyance indigène ), ou ajoutent au breuvage de la Nicotiana rustica ( connue sous le nom de « mapacho », un tabac sacré ancien utilisé dans la médecine traditionnelle indigène ). D'autres ajoutent des souches de la fleur de Brugmansia ( une plante hautement psychoactive étroitement liée au Datura, la trompette du Diable ), certains ajoutent du 5–MeO-DMT-, un composé du venin du crapaud Incilius alvarius. Inutile de dire que certains de ces ingrédients peuvent être dangereux, ou même mortels lorsqu'ils sont infusés dans l'ayahuasca, surtout si leur dose est mal calculée par un chaman inexpérimenté. C'est une chose à savoir : soyez prudent avec ces ingrédients si vous cherchez à boire de l'ayahuasca.

La préparation traditionnelle de l'ayahuasca n'utilisait en fait souvent que la vigne de B. caapi avec des doses très faibles, voire pas du tout, de mixtures contenant de la DMT. L'IMAO contenu dans la vigne est, pour les indigènes, le principal agent guérisseur du breuvage. Le P. viridis est l'un des ingrédients ayant été conservé dans la formule en raison des hallucinations puissantes et étonnantes que la DMT qu'il contient donnait au consommateur. À terme, avec l'afflux des visiteurs occidentaux et leur fascination pour ces incroyables visions, la DMT est devenue un élément de plus en plus présent car il pouvait plus ou moins « garantir »  l'expérience pour laquelle ils étaient venus.

La préparation de l'ayahuasca est assez simple, mais elle exige beaucoup de patience et d'attention. Une des recettes les plus simples est la suivante : le B. caapi est coupé, lavé, puis battu avec un maillet afin de séparer les fibres de la vigne. Son écorce est placée en tant que couche de base, puis recouverte de feuilles de P. viridis. Le reste de B. caapi est ensuite ajouté, puis une autre couche de P. viridis. On verse de l'eau et le breuvage est cuit pendant 6 heures. Après cela, le liquide est tamisé, puis filtré à travers un tissu poreux. Son volume est ensuite réduit jusqu'à obtenir la consistance désirée. La totalité du processus dure environ 9h.

Les effets de l'ayahuasca

à quoi pouvez-vous vous attendre?

Quand il est ingéré, l'ayahuasca provoque certains des effets psychotropes les plus puissants dont l'humain puisse faire l'expérience. Les effets commencent à se manifester lentement, et leur intensité augmente progressivement par vagues.

Au départ, c'est comme si quelque chose de différent nous arrivait, comme une légère vivacité, celle que l'on ressent dans les moments ou nous remarquons quelque chose de différent. Bientôt arrivent des changements plus substantiels dans la perception, et ils impliquent tous les sens. L'environnement n'est plus perçu de manière normale, la conscience de son propre corps et la conscience elle-même se modifient. Les formes des choses autour de nous semblent déformées, les rapports aux dimensions faussés. Le temps cesse d'être un simple tic-tac régulier, et donne l'impression de s'allonger et de se contracter à son gré. Ces sensations étranges peuvent être accompagnées de symptômes corporels tels que des vagues alternantes de chaleur et de froid, des frissons, des douleurs aléatoires, des mouvements involontaires et, notamment, des nausées intenses et des vomissements ou des diarrhées soudaines.

Les vomissements sont un effet secondaire fréquent ( et notoire ) de l'ayahuasca. Selon la croyance des autochtones, le breuvage purge ses buveurs ( d'où son surnom « La Purga » ) de toutes les toxines et impuretés présentes dans leur corps, ce qui exacerbe leur purification spirituelle. Cette nausée n'est pas la nausée habituelle qu'on a après une nuit alcoolisée, ou l'inconfort gastrique ressenti après avoir mangé de la nourriture douteuse. Le vomissement que l'ayahuasca provoque est d'un tout autre niveau. C'est un sentiment intense, viscéral, que quelque chose de profondément mauvais et dérangeant est arraché de votre estomac. Aussi atroce que cela puisse paraître, le processus apporte en fait un soulagement énorme, et très peu de gens y voient quelque chose de négatif.

Quant aux effets spirituels, l'ayahuasca emmène ses buveurs faire des montagnes russes à travers un voyage fou et complexe qui prend place dans plusieurs réalités. Il est impossible de prédire ce que l'ayahuasca vous réserve, mais d'une façon ou d'une autre, elle tend à donner au buveur ce dont il a besoin à ce moment précis de sa vie.

Certaines personnes revisitent des souvenirs du passé ou même leurs vies passées, afin de faire face à leurs traumatismes et à des problèmes non résolus ou cachés. Certains font des voyages agréables et bienveillants, pleins de tranquillité et d'encouragements. Certains voient leur ego se dissoudre dans le néant, jusqu'à faire l'expérience d'une séparation spirituelle complète de leur conscience et de leur corps. Certains ont de légères hallucinations de formes, lumières et couleurs qui changent. Certains ressentent l'incroyable confort d'une unité omniprésente à laquelle tout et tout le monde appartient, d'autres ont des visions sauvages et vives de paysages trans-dimensionnels incroyables, de structures et d'entités, et se voient même interagir et absorber la sagesse de ces créatures d'un autre monde. Et pour certains... il ne se passe rien du tout.

Pour n'importe quel psychédélique, et surtout pour l'ayahuasca, le conseil le plus important qui puisse être donné est de n’avoir aucune attente, d'embrasser ce qui vous arrive sans peur ni jugement, et de vous soumettre complètement à l'expérience. Même si rien ne se passe, c'est pour une bonne raison.

Le gros du voyage commence généralement au bout d'une trentaine de minutes, culmine dans la deuxième heure après avoir bu, et se termine après quatre à six heures, bien que cela puisse varier selon les personnes. La descente est assez rapide, mais elle est douce, laissant le buveur dans une ambiance paisible qui peut durer plus d'une journée. L'ayahuasca est habituellement consommé de nuit, et une fois le trip achevé, le corps est assez épuisé et il est en général facile de s'endormir.


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La « dieta » ayahuasca et les précautions de santé

préparer un bon voyage

Bien que personne ne puisse vraiment se préparer pour ce que l'expérience de l'ayahuasca leur apportera, certaines pratiques de bon usage sont connues pour aider l'esprit et le corps à mieux anticiper le trip.

La plupart des centres de retraite recommandent de maintenir une sorte de jeûne complet appelé « la dieta » pendant trois à cinq jours avant de boire de l'ayahuasca. La dieta n'exige pas seulement d'avoir une alimentation saine, mais aussi de maintenir durant cette période une pureté psychologique et socio-émotionnelle.

Les restrictions recommandées comprennent la viande rouge, le porc, les aliments fermentés et âgés, la viande et le poisson en conserves ou emballés, les extraits ou les suppléments à base de protéines ou de levure, les produits laitiers ( surtout les produits fermentés ), les fruits trop mûrs, les sucreries transformées, le sucre raffiné, ainsi que les aliments épicés et excessivement salés. Les buveurs d'ayahuasca devraient également éviter le café, l'alcool ( surtout le vin ), les drogues illicites, les antidépresseurs et essentiellement tout autre traitement médicamenteux chronique, et les activités sexuelles, pendant une période de trois jours avant et après la consommation de l'ayahuasca.

Recommandations alimentaires

Pour la nourriture, la plupart des recommandations du régime sont faites pour permettre le développement d'un état corporel frais et énergique. Manger de la viande blanche, des fruits et des légumes, du riz, des céréales, des haricots, des pois et autres légumineuses, avec de faibles quantités de gras et d'épices, permettra une sorte de pré-détox pouvant préparer le corps au véritable nettoyage qui se produit sous les effets de l'ayahuasca.

Notez que certaines de ces restrictions sont données pour des raisons de santé et sont basées sur la science. Les aliments fermentés, cuits, saumurés, âgés et trop mûrs, certains haricots, les produits au soja, certains fromages, le pain au levain, la bière pression, et surtout le vin doivent être évités avant et après l'ayahuasca en raison de leur teneur en tyramine. La tyramine est une substance commune à ces produits, et il a été démontré qu'elle interagissait négativement avec les IMAO, le principal composé actif de la vigne B. caapi. Avoir un niveau élevé de tyramine dans votre système quand l'ayahuasca y pénètre peut provoquer une crise hypertensive pouvant, dans les cas extrêmes, entraîner la mort.

Restrictions médicales

huasca ne doit pas être consommé par les personnes souffrant de problèmes cardiaques ( en particulier l'hypertension, car le breuvage élève la pression sanguine, et peut donc conduire à une crise hypertensive et potentiellement la mort ), de dépression ( car les ISRS souvent utilisés pour la traiter peuvent interagir fatalement avec les IMAO dans l'ayahuasca ), de psychose ( car l'ayahuasca peut l'exacerber ), de n'importe quelle maladie qui nécessite un traitement chronique ( car les interactions de l'ayahuasca avec la médecine occidentale n'ont pas encore été pleinement explorées, et des combinaisons jusqu'ici inconnues pourraient être dangereuses ). L'ayahuasca n'est évidement pas non plus fait pour ceux ayant des problèmes d'abus et d’addictions ( car les substances psychotropes influencent le métabolisme et cela peut influencer la façon dont le corps réagit au breuvage ).

Mise en garde : il sera peut-être possible de traiter les addictions avec l'ayahuasca à l'avenir, mais ce type de thérapie est encore en attente de vérification scientifique et de réglementation institutionnelle. D'ici là, il est plus sûr de ne pas essayer d'utiliser l'ayahuasca à cette fin.

Lignes directrices psychologiques et socio-émotionnelles

Avant de prendre l'ayahuasca, il est recommandé de maintenir une sorte de « régime psychologique » pendant au moins quelques jours. Il s'agit d'essayer d'éviter le stress et la négativité, et de se concentrer sur la compréhension de vos intentions concernant l'expérience.

Si les échéances, les malentendus, les lourdes charges de travail, les patrons en colère, les réunions laborieuses, les baisses de revenus, les commérages et autres facteurs de stress vous sont familiers dans votre travail, il est conseillé de prendre quelques jours de congé. Vous devriez également éviter tout événement potentiellement dérangeant ou stressant et vous éloigner des personnes toxiques. Vous pourriez avoir certaines de ces personnes autour de vous sans même vous en rendre compte, qui n'attendent rien d'autre que d'exprimer leur jugement sur votre décision. Alors faites-vous une faveur et choisissez bien à qui vous annoncez la nouvelle.

Une autre chose à mentionner : la plupart des centres de retraite recommandent d'éviter les pensées et relations sexuelles pendant quelques jours. C'est à votre discrétion, et en avoir ne mettra sans doute pas votre santé en danger comme le ferait l'ignorance des restrictions sur les traitements médicamenteux, mais il y a tout de même une bonne raison derrière cette restriction. Tout d'abord, les pensées et les actes sexuels peuvent être d'une grande distraction au moment même où vous devriez être concentré sur la compréhension de ce que vous voudriez tirer de votre expérience de l'ayahuasca. Deuxièmement, elles peuvent causer des changements énergétiques importants dans votre corps, et l'ayahuasca travaille sur votre être énergétique ( spirituel ). Troisièmement, il ne s'agit pas seulement de vos propres énergies. En général, beaucoup d'autres personnes sont présentes durant la cérémonie, et vous pourriez vous rendre vulnérable aux champs énergétiques des autres si le vôtre est "secoué" par le sexe. Les autochtones ont une explication supplémentaire: on entend souvent l'expression « partenaire jaloux » associée à l'ayahuasca. « La plante mère vous aime, et si vous faites l'amour à une autre personne, vous lui êtes infidèle ».

En résumé, le mieux que vous puissiez faire pour vous préparer à l'ayahuasca est de mener une vie saine pour quelques jours, de manger des aliments simples et sains, d'éviter les drogues et l'alcool, le stress et les interactions sociales difficiles, de suspendre tout type de traitement médicamenteux chronique ( si possible ) pour au moins dix jours, de méditer sur ce que devraient être vos intentions et, le plus important, de vous détendre et d'essayer d'être ouvert à tout ce qui vient à vous.

Utilisation traditionnelle de l'ayahuasca

origine et effet

Une des principales utilisations de l'ayahuasca dans le contexte chamanique traditionnel est pour le diagnostic de maladies spirituelles. Selon les croyances des peuples indigènes de l'Amazonie, nous pouvons être affectés par des énergies négatives et des créatures spirituelles maléfiques nous venant d'autrui, et causant de nombreuses maladies corporelles, dont certaines peuvent être mortelles. C'est alors au chaman de boire l'ayahuasca et d'entrer dans le monde des esprits, d'acquérir la capacité à voir les origines et les effets de cette magie noire, et de transmettre sa compréhension sur la façon de la traiter.

L'ayahuasca est aussi souvent pris par les malades si le chaman considère que la Médecine Maîtresse doit être utilisée. Le breuvage a des effets purgatifs intenses, en forçant souvent le buveur à vomir ou à déféquer. Cela aide à évacuer du corps les toxines et les impuretés. Les autres effets guérisseurs de l'ayahuasca sont psychologiques et spirituels. Il peut aider au développement d'un état d'esprit plus positif ( qui, à son tour, aide à combattre la maladie ), et à renforcer l'âme du buveur. Les autochtones croient aussi que les esprits de la jungle, souvent aperçus dans les visions, apparaissent pour aider à la guérison.

Un autre aspect important de l'utilisation chamanique de l'ayahuasca est la divination. Lorsque les « curanderos » boivent, il est dit que leur intuition grandit et transcende les dimensions de la réalité ordinaire. Ils acquièrent le pouvoir de communiquer avec le monde des esprits afin de déterminer l'état de leur communauté et de prophétiser ce qu'ils devraient faire pour continuer à prospérer. On dit qu'ils sont capables de localiser les personnes et les objets disparus, de diriger leur communauté pendant la chasse en trouvant le gibier dans la jungle, et de voir le passé pour découvrir l'auteur d'une mauvaise action qu'ils sont responsables d'investiguer.

L'ayahuasca était également souvent utilisé dans un contexte social. D'après les recherches anthropologiques menées par Bernd Brabec de Mori, les communautés autochtones buvaient la breuvage ensemble et s'engageaient dans des cérémonies de chant et de danse qui avaient pour but de renforcer leur unité et l'esprit communautaire.
Bien que les cérémonies ayahuasca soient vendues aux étrangers comme des rituels ancestraux, leur réelle ancienneté fait débat. Il est prouvé que l'utilisation de plantes psychoactives par les indigènes, en particulier les graines de yopo contenant de la DMT, remonte à environ trois mille ans. Cependant, les moments exacts où le peuple indigène a découvert que la combinaison et la préparation des deux plantes ( sur les environ 80 000 plantes qui poussent en Amazonie ) donnait la potion hallucinogène et divinatoire mystique que l'on connaît aujourd'hui, et à quel moment ils ont commencé à l'utiliser dans des buts ritualistes, restent inconnus.

Utilisation contemporaine de l'ayahuasca

Au cours des dernières décennies, l'ayahuasca est devenu source de l'attention internationale. Depuis que des pionniers de l'ethnobotanique tels que Manuel Villavicencio, Richard Spruce, William Burroughs, Ralph Metzner, Richard Schultes, Terrence McKenna, Dennis McKenna, et Luis Eduardo Luna, pour n'en nommer que quelques-uns, se sont aventurés en Amazonie pour en apprendre plus sur les plantes médicinales indigènes, la connaissance de leurs applications thérapeutiques et psychoactives potentielles s'est répandue dans le monde entier au sein de la communauté des substances psychédéliques. Cela a tenté beaucoup de gens aspirant au développement spirituel d'aller faire l'expérience de ces plantes médicinales, et certains d'entre eux sont même restés pour apprendre la pratique chamanique, ou pour aider d'une manière ou d'une autre à institutionnaliser ces pratiques de guérison en tant que services destinés aux occidentaux.

Tout cela a provoqué ce que nous appelons maintenant le « boom du tourisme de l'ayahuasca" ». Auparavant une étape des circuits touristiques de la jungle réservée aux plus aventureux, l'ayahuasca en est maintenant la principale attraction, entraînant un afflux de visiteurs principalement vers le Pérou, mais aussi l'Équateur et la Colombie.

Le marché de l'ayahuasca, aujourd'hui, s'est surtout adapté aux besoins des visiteurs occidentaux, qui ont façonné la scène depuis des décennies. Les centres de retraite « tout compris », chers, mais avec normes de sécurité, de soutien et de confort élevées, sont maintenant nombreux. Les gens se rendent à ces centres de retraite comme ils iraient à une station balnéaire, sauf qu'ici l'objectif n'est pas de se reposer et de se relaxer, mais de tuer son ego.
Divers centres dans toute l'Amérique du Sud offrent des retraites allant de quelques jours à quelques semaines. Les itinéraires sont soigneusement planifiés, et comprennent un espace pour l'orientation et la préparation, une ou plusieurs cérémonies ayahuasca en fonction de la durée de la retraite, des bains de fleurs traditionnels, des traitements kambo et rapé optionnels, des détoxifications et consultations supplémentaires, des cercles de partage et autres activités communautaires. L'hébergement est confortable, l'environnement est luxuriant, les chamans sont minutieusement triés, le personnel médical et de sécurité est en service 24h/24, 7j/7, et tout est pris en charge afin que les visiteurs puissent se concentrer sur leur travail spirituel. Le seul inconvénient est que ces types de retraites peuvent être assez inabordables financièrement.

Les cérémonies ayahuasca alternatives, plus abordables et, sans doute, plus authentiques, qui sont disponibles pour les visiteurs occidentaux impliquent de voyager à travers l'Amazonie et de trouver des chamans individuels ou des familles chamaniques, puis de rester sur place et boire avec eux. Ces types de propriétés ne peuvent généralement pas être trouvées en ligne, mais elles sont assez nombreuses et la plupart du temps facilement accessibles. La connaissance de l'espagnol est plus ou moins obligatoire pendant ces expéditions auto-organisées, et la prudence doit être de mise, car la marchandisation de l'expérience de l'ayahuasca a modifié de manière significative l'atmosphère de guérison qui était présente en Amazonie. Outre les questions générales telles que la compétence des chamans et la qualité du breuvage et de la cérémonie, des préoccupations subsistent en matière de sécurité découlant de nombreux récits d'abus sexuels ou autres.

Enfin, il y a toujours l'option de vous débrouiller vous-même. Si vous pouvez trouver de la vigne de B. caapi et des feuilles de P. viridis ( ou leurs analogues ), préparer l'ayahuasca est en fait assez simple. Cela dit, ce n'est pas pour rien que les chamans pratiquent pendant des années pour être en mesure de brasser une potion puissante, et vous êtes bien sûr mal avisé de boire l'ayahuasca en étant seul. Quel que soit le psychédélique que vous décidiez de prendre, et cela s'applique particulièrement à l'ayahuasca, ayez toujours un accompagnateur sobre à vos côtés au cas où quelque chose tourne mal.

Pharmahuasca est la dernière tentative en date des psychonautes de répliquer l'ayahuasca sans ses véritables ingrédients frais. C'est une recette pharmaceutique qui mélange les deux principaux composants de l'ayahuasca, un IMAO avec de la DMT. Pour l'IMAO, un extrait de Peganum harmala ( communément appelé « rue de Syrie » ) est souvent utilisé, bien qu'il semblerait que nombre de plantes du monde entier contiennent ce type de composé chimique. La DMT n'est généralement qu'un extrait cristallisé de N,N-DMT freebase. La rue de Syrie est en général bouillie dans un thé, et la N,N-DMT ingérée oralement sous forme de capsule. Bien que ces produits soient les bases les plus fondamentales de l'ayahuasca, les résultats peuvent être pour le moins fantasmagoriques. Pour les dosages, les rapports de trip, ou toute autre question que vous pourriez avoir, n'hésitez pas à vous référer au topic du forum dmt-nexus sur le pharmahuasca.

La légalité de l'ayahuasca

Comme on pouvait s'y attendre, l’ayahuasca étant l'un des psychédéliques les plus puissants du monde, il est bien sûr illégal dans la plupart des pays. Cependant, ceci n'est qu'une simplification grossière d'une situation complexe et floue. Bien que la portion IMAO de l'ayahuasca soit légale, sa possession, sa distribution et, souvent, sa consommation sont règlementées en raison de sa teneur en DMT, en tant que substances réglementées de catégorie 1 en vertu de la Convention des Nations unies de 1971 sur les substances psychotropes.

Cependant, bien que la DMT soit une substance illégale, l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime laisse à chaque pays le soin de décider si l'ayahuasca est exempté de cette loi ou non. Si un pays n'a aucune loi en place réglementant explicitement l'ayahuasca ( et un nombre surprenant n'en ont pas ), il appartient au tribunal de décider si une personne sera jugée de la même manière que pour la DMT pure ( comme a par exemple statué la Cour suprême aux États-Unis ). Nombre de pays n'ont jamais eu une seule affaire judiciaire impliquant l'ayahuasca, et ils ont généralement d'autres chats à fouetter. Donc, tant que son utilisation n'est pas source de désordre, elle n'attirera sans doute pas trop l'attention.

Notez que l'ayahuasca peut être exempté du droit international en tant que sacrement à usage religieux, comme dans la Doctrine de Santo Daime. Cette institution religieuse a un passif de disputes internationales plaidant pour l'utilisation du breuvage dans ses rituels, et le statut d'exemption lui a été conféré dans quelques pays.

Le Pérou, l'Équateur, la Colombie, le Brésil et la Bolivie sont des pays du bassin amazonien qui abritent d'importantes populations autochtones utilisant ce breuvage médicinal depuis des générations. Dans ces pays, la possession et l'utilisation de l'ayahuasca est légale, parfois soumise à une réglementation minimale. Leurs voisins du Chili et de l'Argentine semblent avoir interdit le breuvage, mais l'application de cette interdiction est rare et plutôt floue.

En Amérique du Nord et dans la plupart de l'Europe ( à l'exclusion de l'Italie, de l'Espagne et du Portugal qui n'ont pas de réglementation claire, voire aucune ), l'ayahuasca est explicitement illégale. En Afrique du Sud, son statut est flou. Enfin en Australie, étonnamment, bien que la DMT soit une substance de catégorie 9, la possession d'ayahuasca n'a en réalité fait l'objet d'aucune persécution légale, et quelques plantes contenant de la DMT poussent même dans tout le pays ( pratique ! ).